Par Rodolphe Oppenheimer
Président de l’Institut national de psychanalyse, psychanalyste et psychothérapeute.
Psychanalyse contre TCC : une guerre qui a trop duré
Pendant des décennies, la psychanalyse et les thérapies comportementales et cognitives (TCC) se sont livré une guerre fratricide. D'un côté, les tenants de la psychanalyse reprochaient aux TCC de réduire le patient à ses symptômes, de nier l'inconscient et de chercher des résultats rapides sans compréhension véritable. De l'autre, les praticiens des TCC accusaient la psychanalyse de manquer de preuves scientifiques, de laisser souffrir les patients au nom d'un travail interminable et de refuser toute évaluation.
L'Institut national de psychanalyse (INP), fondé et présidé par le psychanalyste et psychothérapeute Rodolphe Oppenheimer, propose de sortir de cette impasse. Non pas en effaçant les différences entre les approches, mais en reconnaissant qu'elles partagent une même ambition : comprendre la souffrance psychique et aider celui qui en est prisonnier à retrouver sa liberté.
Deux violences thérapeutiques symétriques
La réflexion menée par Rodolphe Oppenheimer au sein de l'INP part d'un constat clinique précis. Il existe deux formes de violence thérapeutique, symétriques et tout aussi dommageables l'une que l'autre.
La première consiste à laisser un patient souffrir au nom de la profondeur du travail analytique — considérer que l'angoisse, l'insomnie ou les crises de panique sont le « prix à payer » pour accéder à une vérité inconsciente. La seconde consiste à vouloir débarrasser le patient trop vite de son symptôme sans entendre ce que celui-ci tente de dire — supprimer une phobie ou un rituel compulsif sans se demander quelle histoire se rejoue, quelle blessure ancienne continue d'agir.
La première sacrifie le présent au passé. La seconde efface le passé au profit d'une adaptation immédiate. Aucune des deux ne respecte pleinement le sujet.
Soulager d'abord, comprendre ensuite
L'approche intégrative portée par l'INP et par la pratique clinique de Rodolphe Oppenheimer s'organise autour de deux temps complémentaires.
Le premier temps est celui du soulagement. Lorsqu'un patient consulte parce qu'il ne peut plus prendre le métro, dormir ou se rendre au travail, l'urgence est de restaurer un fonctionnement de base. Les outils des TCC — identification des pensées automatiques, exposition progressive, restructuration cognitive — permettent d'agir concrètement sur les évitements, les anticipations catastrophiques et les ruminations qui empêchent de vivre.
Le second temps est celui de la compréhension. Quand la parole redevient possible et que le patient a retrouvé un espace pour penser, le travail analytique peut commencer : pourquoi cette situation déclenche-t-elle cette angoisse chez ce sujet-là ? Quelle expérience se rejoue ? Quel conflit, quelle loyauté, quelle blessure continue d'opérer ?
L'enjeu, tel que le formule Rodolphe Oppenheimer, est de « maintenir un dialogue constant entre l'action et l'élaboration — réduire la souffrance sans réduire le sujet ».
Les héritages qui nourrissent cette vision
L'approche intégrative de l'INP ne s'invente pas à partir de rien. Elle s'appuie sur la richesse des courants psychanalytiques eux-mêmes.
L'attention portée à la relation thérapeutique — à l'empathie, à la congruence, à l'accueil inconditionnel — renvoie directement aux apports de Carl Rogers. Les travaux de Heinz Kohut sur les blessures narcissiques et le besoin de reconnaissance éclairent la fragilité identitaire de certains patients. Les concepts de Winnicott — le holding, l'espace transitionnel, le vrai et le faux Self — rappellent que la capacité d'être soi dépend de la qualité de l'environnement affectif.
Quant à Sándor Ferenczi, souvent considéré comme le « parent pauvre » de la psychanalyse, ses réflexions sur le traumatisme et sur l'implication du thérapeute dans la relation trouvent un écho direct dans la pratique intégrative défendue par l'Institut.
Une position contemporaine
En refusant d'opposer psychanalyse et TCC, l'Institut national de psychanalyse occupe une position singulière dans le paysage clinique français. Cette position n'est pas un compromis tiède ou un syncrétisme de circonstance. Elle repose sur un principe éthique clair : c'est la situation du patient, et non l'allégeance théorique du praticien, qui doit déterminer la conduite de la thérapie.
Rodolphe Oppenheimer, qui enseigne les TCC et pratique la psychanalyse au quotidien, incarne cette double compétence. Sa formation longue dans les deux traditions lui permet de passer de l'une à l'autre en fonction du rythme du patient, de la nature de sa souffrance et du moment de la cure.
Pour en savoir plus sur cette approche, consultez le site de l'Institut national de psychanalyse : i-n-p.org.
