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Psychanalyse et numérique : comment l'Institut national de psychanalyse pense les transformations contemporaines

L'Institut national de psychanalyse (INP) de Rodolphe Oppenheimer interroge l'impact du numérique, de la visioconsultation et de l'intelligence artificielle sur la pratique psychanalytique.

Par Rodolphe Oppenheimer

Président de l’Institut national de psychanalyse, psychanalyste et psychothérapeute.

La psychanalyse face à un monde transformé

Les conditions dans lesquelles les êtres humains parlent, travaillent, aiment et se soignent ont profondément changé en quelques années. Les réseaux sociaux ont modifié le rapport à l'image, à l'intimité et au regard de l'autre. La consultation à distance est devenue une réalité quotidienne pour des millions de patients. L'intelligence artificielle s'invite dans des échanges qui touchent parfois à l'intime.

Ces transformations posent des questions fondamentales à la psychanalyse. Que devient l'écoute lorsque la relation passe par un écran ? Quelle place conserve le silence dans une séance en visio ? Comment penser la solitude numérique, l'exposition permanente de soi sur les réseaux ou la parole adressée à une machine ?

L'Institut national de psychanalyse (INP), fondé par le psychanalyste et psychothérapeute Rodolphe Oppenheimer, a fait de ces questions l'un des axes centraux de sa réflexion.

Ni célébrer la technologie, ni la rejeter

La position de l'INP est claire : l'enjeu n'est ni de célébrer aveuglément les nouvelles technologies, ni de les rejeter au nom d'une tradition immuable. Il s'agit d'examiner ce que le numérique transforme, ce qu'il facilite et ce qu'il ne peut pas remplacer dans une relation thérapeutique.

Rodolphe Oppenheimer, qui exerce lui-même exclusivement en visioconsultation, connaît les avantages et les limites de ce cadre. La téléconsultation permet de suivre des patients éloignés, des expatriés, des personnes à mobilité réduite ou simplement des professionnels dont l'agenda ne permet pas le déplacement en cabinet. Elle rend la psychothérapie accessible à des publics qui, sans elle, n'auraient peut-être jamais franchi la porte d'un praticien.

Mais la visioconsultation modifie aussi la nature de la rencontre. L'écran introduit une distance qui peut protéger autant qu'elle peut empêcher. Le regard y est à la fois plus présent — le visage occupe tout le champ — et plus fuyant, car chacun peut couper sa caméra, détourner les yeux ou se réfugier dans un environnement contrôlé. Le silence, si central dans le travail analytique, prend une tonalité différente quand il est traversé par la latence d'une connexion ou par la tentation de le meubler.

L'intelligence artificielle : un nouveau défi pour la psychanalyse

L'irruption de l'intelligence artificielle dans le champ de la santé mentale soulève des questions encore plus profondes. Des chatbots conversationnels aux applications de « bien-être » alimentées par des algorithmes, un marché entier propose aujourd'hui de l'écoute automatisée, du soutien émotionnel sans thérapeute et des diagnostics prédictifs fondés sur l'analyse du langage.

L'INP aborde ces évolutions avec un regard critique mais ouvert. L'intelligence artificielle peut aider à défricher, à orienter, à rendre accessibles certaines ressources. Mais elle ne peut ni se substituer au transfert — ce mouvement émotionnel inconscient qui se joue entre le patient et son analyste —, ni remplacer la capacité proprement humaine de se laisser surprendre par une parole, un lapsus, un silence.

La psychanalyse, par définition, s'intéresse à ce qui échappe au calcul : le désir, le rêve, l'ambivalence, la répétition, l'angoisse sans objet. Une machine peut traiter de l'information et simuler de l'empathie. Elle ne peut pas recevoir une parole au sens où un analyste la reçoit — c'est-à-dire en acceptant de ne pas savoir à l'avance ce qu'elle veut dire.

Les réseaux sociaux et la fabrication du soi

Un autre axe de réflexion porté par l'Institut concerne l'impact des réseaux sociaux sur la construction identitaire et sur la souffrance psychique contemporaine. L'exposition permanente de soi — la mise en scène du quotidien, la quête de validation par les likes, la comparaison constante avec les vies des autres — produit des formes de détresse qui n'existaient pas il y a vingt ans.

Les concepts de la psychanalyse offrent des outils remarquablement pertinents pour penser ces phénomènes. Le narcissisme, le regard de l'autre, le faux Self de Winnicott, la question du désir et de la demande chez Lacan, le besoin de reconnaissance décrit par Kohut : autant de grilles de lecture qui permettent de comprendre pourquoi les réseaux sociaux produisent à la fois du lien et de la solitude, de la visibilité et du vide.

Une psychanalyse qui regarde son époque en face

En plaçant la réflexion sur le numérique et l'intelligence artificielle au cœur de son projet, l'Institut national de psychanalyse montre que la discipline fondée par Freud n'est pas condamnée à être un objet muséal. Elle a les moyens intellectuels de penser les transformations de son époque — à condition d'accepter de se laisser interroger par elles.

Rodolphe Oppenheimer, à travers l'INP, défend une psychanalyse qui ne se barricade pas derrière ses certitudes, mais qui ne se dissout pas non plus dans l'air du temps. Une psychanalyse contemporaine, ancrée dans ses textes et ouverte sur le monde.

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